dimanche 5 juillet 2009

Aux calendes de juin



Aux calendes de juin, dans les vaux où le temps
A brui les souvenirs pour les rendre sans teint
L'intestin se mutine au son des vers hautains
Qui chantonnent que rien ne pardonne le sang

Le soleil peut brunir la peau de la Madone
Aux rythmes fats et vains d'une nuit qu'on pastelle
Pour la faire tenir à cette jarretelle
Où la fin est rengaine à celle qui se donne

Emporte-la bien loin sous le vent dans la veine
Avant que le regain au matin ne l'égrène
Dans le gris du crachin qu'elle porte en son sein

T'auras beau jeu d'écrire sur les murs de Sienne
Que le rouge était beau qu'il crevait le dilemme
L'ombre de l'assassin sera toujours la tienne



mardi 23 juin 2009

Dépistolaire


Je voudrais être lettre
Pour toucher son papier
Boire ses mots puis renaître
Et ne rien délaver
Je voudrais être l'être
Que l'on jette à ses pieds
De la rime n'admettre
Que la ligne embrassée
Je voudrais être vous
Qu'on fleurit à l'hiver
Que d'un rien l'on fait tout
Même si nul n'espère
Je voudrais être sous
Quand elle lance sa guerre
Mettre un doigt dans le nous
Pour tomber le mystère
Je voudrais être nous
Dans la phrase lancé
Esquinter le dégoût
Sur ses quais ébréchés
Je voudrais être lettre
Pour l'écrire sous son joug
La pleurer sans y être
La couvrir de boue
Je voudrais être maître
Pour la mettre à genoux
Faire des mots de mon être
Un rébus sans son tout
Je voudrais tant de choses
Sans pouvoir me démettre
Que s'immisce l'arthrose
Dans le compte du mètre
Et s'éloignent les proses
Où se baigne l'été
Car la fleur d'une rose
ne s'éclot sans cet "et"



dimanche 7 juin 2009

Sans fil


Trois ans. Cela fait trois ans et quand arrivent les beaux jours, j'ai toujours ce poids sur les yeux et le cœur serré. Je me dis et je me répète pourtant tous les jours que tout va bien, « qu'un jour ce sera ton tour » mais en fait, c'est un vœu pieu et des paroles désillusionnées. De toute manière, il y a toujours ces silences, ces airs un peu gênés, ces mots qui ne veulent pas sortir au détour d'une conversation qui emprunte une des milliers de routes où je vais forcément déraper.

Je n'ai plus vraiment mal. C'est comme si on avait opéré : ablation de l'aorte, de l'envie de se relever. Maintenant c'est autre chose. La sensation d'un vide, d'une marche forcée... Le sentiment qu'il faut encore sourire, histoire de ne pas les faire pleurer. Ça change tout et c'est sûr, j'ai changé. J'ai décidé d'arrêter de mourir, j'ai décidé de m'interdire de vivre du plaisir de jouer sur les ambiguïtés... Je n'ai plus envie d'entrer en guerre contre la morale de comptoir qui campe dans le jardin des gens bien élevées.

Alors, ne sois pas triste des mots que je ne dis pas... Ne sois pas triste de l'avenir puisqu'il n'y en aura pas. Il y aura juste une histoire, des terrasses, des rires et du verre brisé... Le récit de moments pris sur le vif mais sans fil pour les relier.


Gnossienne dépravée

Cet arbre était aux flancs d'une danseuse vaine
Impeccable vilaine à la chaussure d'argent
D'un mot d'une dégaine au goût d'un air d'antan
Rimant à cet instant où le rien entre en scène

L'esquisse d'un bordel à l'automne d'amants
Rivée sur ses arpents où s'endort l'arc-en-ciel
Avait le goût vibrant de la source d'un miel
Du mors artificiel qu'on garde entre les dents

Sa langue dégustant les neiges éternelles
Elle engendra l'enfant le temps d'un juste ciel
Au darne d'un roman qu'on dessinait de larmes

L'intrus de l'intriguant pour qu'il pose les armes
Et laisse le palan pendre l'amour de l'elle
Quand ils savaient jouer encore à la marelle

Arènes

Quand l'heure à la moitié invite le sultan
A se laver les pieds et prendre son élan
Pour faire de l'orient le portail étoilé,
Sa fille a son caban ses lunettes fumées ;

Astre de ces instants, pellicule voilée,
A l'ombre de l'écran, l'orgie emploie ses fées
A mettre chaque clef dans le verrou grinçant
Du lucre bien caché qu'on laisse à leurs amants ;

Et l'éther dans le nez, le bal des ignorants
Peut alors commencer, les mots dans le trépan
Du tumulte incessant de tous les gens bien nés ;

Le cœur un peu pendant, de larmes assassinées
Aux scénarii déviants de ces hommes pressés,
L'enfant devra rêver de ce funeste onguent.

dimanche 31 mai 2009

La bave des libellules

Sur les lèvres ourlées de ce temps qui s'éteint,
Au détour de ce sein qui à peine indécent
Se dépose en neige sous le doigt dilettant,
Elle écrit avenir et réclame en latin
Que les vents de l'enfin défraîchissent la fleur
Que les yeux des mineurs ont prié sans enclin ;
Elle agite en odeur tous les ors du larcin
D'avoir cloué la vis et trouver l'ascenseur
Qui l'emmène à cet un de l'orgie sans ardeur ;
Ne viendront ni bateau, ni marin, ni rameur
Pour couler l'un peu trop qu'elle tient en cellule ;
Lors plaisir est destin et l'instant au présent,
Car panser à deux mains n'est qu'un rêve d'avant,
L'écume des jours, la bave des libellules.

samedi 23 mai 2009

No comment



mardi 19 mai 2009

Rue de l'Impasse

Mes mots sont faux
Lorsqu'ils t'enlacent
Lorsque leur sexe
Dresse fugace
Leurs fiers drapeaux
Ils te le disent
Au point convexe
Et que l'attise
Le feu d'un roi
Qui rêve trop

Mes maux menacent
La tour de Pise
Qu'elle tenace
Voudrait d'Elise
A son piano
Elle m'encrasse
M'offre son dos
Le creux qu'hélas
Rime à l'hantise
Qu'ornait plus tôt
La mort exquise
Des animaux

Mes mots sont faux
Ferrent la trace
De cette danse
De ce fado
Qu'un vœu embrasse
De l'innocence
Jetée à l'eau

Paris m'appelle
Dans ses tripots
Ses rues Rimmel
Ses toits sa peau
Comme un refrain
Tu au métro
Etale l'âme
Sur le dessin
Des seins des femmes
Au teint pâlot

Mes mots sont faux
Lorsqu'ils t'enlacent
L'enfer de l'ex
Qui mots à maux
Laisse à l'index
L'envie de peau
Mais qui n'ont d'as
Que dans tes flots

Cinq jours. - Jour 1 (3)

[...]

Ce qui est bien lorsque tu es alcoolique, c'est que personne ne le remarque jamais. Non pas que personne ne le sait. Non pas que personne n'ait vu que tu bois plus que de raison. Mais personne ne veut faire la remarque. Les gens sont pourvues de cette pudeur qui leur fait éviter de dire quelque chose qui pourrait être déplaisant ou négatif. En même temps,est-ce vraiment bien cela le raisonnement ? N'est-ce pas plutôt l'envie de croire que tout cela n'a pas beaucoup d'importance parce que le temps nous manque. On passe tellement de temps à essayer de savoir si l'on peut accorder nos violons qu'au final, on finit par oublier qu'il s'agit seulement de jouer la musique.

La vraie beauté est inaccessible et le fait d'avoir échoué est une victoire en soi. Le fait de n'avoir pas su lui dire qu'elle était celle qui te fallait, le fait de n'avoir plus lui dire qu'avant de tuer ne serait-ce que l'idée d'avoir fusionné qu'il aurait fallu te demander.

Tu n'étais pas celle qu'il me fallait.

Je n'étais pas celui que t'attendais.

C'est tellement plus facile d'assumer nos échecs.

On est beau que quand on est des salauds. Quand on fuit l'idéal pour le garder inaccessible.

« Qu'est-ce que t'as fait ? »

Qu'a-t-elle découvert de ton passé ? A-t-elle su à un moment donné que tu étais condamné ? A-t-elle découvert que tu étais pareil à tes semblables et que la date de péremption était donnée ? Pas question d'être larmoyant. Pas question de mentir. Je suis un être humain.

Alors quand dans un sourire, elle te dit qu'elle est enceinte, c'est le monde qui s'effondre. Quand elle te dit qu'elle ne voulait pas et que la force des choses a décidé. C'est le silence qui reprend sa place.

S'en suivent les mois de merde, de silence gêné. T'étais l'amant, le gêneur, le bout de ciel dans une tragédie que l'on avait déjà joué.

Quand elle t'a pris, elle a juste cru que c'était un jeu. Que c'était pour du beurre. Que t'étais bien plus grand qu'elle, pour ne pas succomber. Pour comprendre l'inaccessible, pour pardonner.

Ce qui est bien quand tu es alcoolique, c'est que personne ne te pose la question. Tout le monde croit à ta déchéance sans vouloir savoir si l'on ne peut l'amender.

Je pourrais écrire des heures sur l'intimité de chaque douleur, de chaque raison, de chaque pensée. Si tu préfères garder les heures où l'été filait à l'anglaise et le manège continuait de tourner, tu as le droit. Tu as le droit de garder tout ça.

« Crois-tu que les choses auraient été différentes sans la mort du bébé ? »

Sam descendit à Opéra. Les gens étaient comparables à ces ombres qu'on imagine quand on n'est pas là, quand on n'est pas réveillé.

[...]

Cinq jours. - Jour 1 (2)

[...]

Des fois, c'est formidable, la vie. Elle n'avait même pas protesté. Pas même insisté. La nuit ne lui avait pas donné assez sûrement ou peut-être lui. Aucun souvenir. Cela avait-il de l'importance ? Sam éluda la question. Sous tous les angles d'attaque, la réponse ne pouvait être que désagréable. Y avait-il tant de mal à se faire du bien ? Malheureusement oui.

Ils partirent ensemble de l'appartement jusqu'à la gare de RER. Lui prit la direction de Paris et elle, celle de la banlieue. Fallait croire que l'air frais du matin leur avait ôté toute espèce de conversation. Quelque part, tant mieux. Aucun des deux ne semblait enclin à balbutier une quelconque explication. Les choses étaient maintenant un fait. Il fallait composer avec.

Sur le quai, Sam se laissa flotter quelques minutes, les yeux fermés, la bouche pâteuse. Il sentait que son haleine était encore alcoolisée. Et pour cause... Il s'était avalé un mélange de vodka et de jus d'orange en guise de petit déj. C'était la seule boisson qui lui restait du carnage de la veille. Il n'avait pas osé prendre un café, arrivé à la gare : ça l'aurait rendu malade.

* * *


Sam s'assit sur le strapontin près de la fenêtre. Mauvais calcul. Il y a trop de soleil. Le temps de s'en rendre compte, c'est trop tard. Dès l'arrêt suivant, on se la joue style sardines en boîte, la lambada du matin que personne n'a envie de danser.

Le trajet du boulot, c'est toujours la même chose. On croise les mêmes gens qui entrent à la même station et qui sortent à la même autre gare, avec la même tête de déterré... Remarque, s'ils ont vécu la même soirée : il y a de quoi. Faut croire que Paris se réveille tous les jours avec une gigantesque gueule de bois.

[...]

Cinq jours. - Jour 1


Ça devait être un matin comme bien d’autres, avec des oiseaux qui chantent et sur le coin de la carte postale, un petit rayon de soleil. Et ce fut un matin comme bien d’autres. La tête lourde des excès alcooliques de la veille, avec le vague souvenir d’avoir pleuré peut-être. D’avoir encore dérapé. On ne se rappelle jamais vraiment de ces choses-là, même si les gens, elles, les retiennent. Samuel se frotta les yeux et les ouvrit avec bien de la peine. Il jeta un œil sur les chiffres lumineux du radio-réveil… Cinq minutes s’étaient écoulées et il n’avait rien vu. Il regarda sur le côté. Il y avait une silhouette enfouie sous le pli des draps. Il aurait dû sourire mais rien ne lui vint. Juste une sensation de dégoût. Juste une sensation de rien.

C’était un peu comme si la chose était imparable. Rien que de l’ordinaire… Rien d’inoubliable. Sa mémoire en avait trop fait, elle ne faisait que régurgiter toutes ses choses de trop. C’était sûrement une bonne fille, un petit cœur, tout ce qu’il y a de plus adorable. Mais contrebalancé par le reste, c’était tout ce qu’il y avait de plus insipide au monde.

Samuel s’extirpa du lit. Il n’était déjà plus là. Il était en train de tisser la toile de son prochain mensonge… Il fallait être gentil. Lui dire que rien n’était de sa faute mais qu’il n’était pas prêt et éviter de parler des raisons pour que ça fasse plus vrai. Eviter de parler des raisons, pour laisser l’option de recommencer et ce, même si c’était laid.

Des justifications. S’il fallait en trouver, il en trouvait. Il n’y avait rien de plus rapide, de plus facile. Aussi facile que de nier ses remords et accepter ses regrets.

Le carrelage était froid et il n’y avait plus de café. Ça n’avait pas d’importance. Il n’y avait aucune raison valable de vouloir se réveiller. En revanche, il y avait un peu de tabac à rouler et du papier à cigarette. A défaut de nourrir, ça avait l’avantage de le tuer sans mot dire.

Il ouvrit la fenêtre et il faisait froid. Ce n’était pas agréable mais ça engourdissait ses idées encore baignées d’alcool.

« Crois-tu que les choses auraient été différentes sans la mort du bébé ? »

La pendule indiquait sept heures et demie. Il était temps de mettre dehors la larve qui roupillait au fond du lit. Il aurait pu la laisser là avec les clés et lui dire de les lui ramener… Mais la revoir, c’était vraiment la dernière des choses dont il avait envie. Il ne savait pas de quoi il avait envie. Mais il savait ce qu’il ne voulait pas. C’était comme ça. Il fallait s’y faire.

 
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